Je m'appelle Mathieu, 38 ans, développeur web basé à Lyon. En août 2025, j'ai bouclé le GR20 en 15 jours, sens nord-sud. Avant le départ, j'ai passé du temps à lire des forums sur la question de l'énergie : chargeur solaire ou pas ? Quelle batterie ? Combien de mAh pour 15 jours ?
La réponse que j'avais trouvée partout était soit "emmène un solaire" soit "les refuges ont des prises". Personne ne détaillait vraiment la stratégie. Alors je vais le faire ici - avec les vrais chiffres, les vraies erreurs, et ce qui a fonctionné.
La décision clé avant de remplir mon sac : pas de chargeur solaire. Voici pourquoi, et comment j'ai compensé.
15 étapes, 15 opportunités de recharge : la carte des prises GR20
Le GR20 compte 15 étapes officielles entre Calenzana (nord) et Conca (sud), pour 180 km et 11 800 m de dénivelé positif cumulé. Chaque étape se termine à un refuge géré par le Parc Naturel Régional de Corse (PNRC).
La bonne nouvelle : chaque refuge dispose de prises électriques dans les espaces communs. La moins bonne : ces prises sont partagées entre 80 à 150 randonneurs, souvent limitées à 2h maximum, et facturées 0,50 à 1 € par usage. Si vous arrivez à 18h alors que le refuge ferme ses espaces communs à 21h, vous avez une fenêtre correcte. Si vous arrivez à 20h30 après une étape difficile, c'est une autre histoire.
La stratégie que j'ai développée en pratique : brancher la batterie externe dès l'arrivée au refuge, même si elle n'est qu'à 40 % de décharge. Ne jamais attendre le soir. Pendant la recharge, brancher directement le téléphone sur la batterie (pas sur la prise publique) - ça libère la prise pour les autres et ça recharge le téléphone plus vite avec le câble USB-C vers USB-C.
Les refuges les plus contraints sur cet aspect : Ciottulu di i Mori (très fréquenté, peu de prises), Manganu (refuge réputé difficile côté logistique), Petra Piana (pas de groupe électrogène de grande capacité). Sur ces étapes, arriver avant 16h est un vrai avantage.
Pour tout comprendre à la gestion de l'énergie en outdoor, le guide sur l'énergie outdoor pose les bases utiles avant de partir en autonomie prolongée.
La stratégie batterie externe : ce qui a fonctionné (et ce qui a failli foirer)
J'ai emporté une batterie Anker de 20 000 mAh. C'est lourd pour le GR20 (environ 350 g), certains randonneurs partent avec 10 000 mAh. Mon choix s'est avéré judicieux pour une raison simple : il y a 2 à 3 nuits sur le GR20 où la recharge n'est pas garantie.
Premier levier d'économie que j'avais sous-estimé : le mode avion en marche. L'iPhone 14 en mode avion avec l'écran éteint consomme 60 à 70 % moins vite qu'en mode normal. Sur 8 heures d'étape, la différence est énorme : je terminais chaque journée avec 65-75 % de batterie téléphone au lieu des 20 % habituels, même avec 3-4 photos prises dans la journée.
Deuxième levier : le Garmin eTrex 32x sur piles AA. C'est un choix délibéré. Le eTrex fonctionne avec 2 piles AA standard - autonomie de 25 heures en usage intensif, beaucoup plus en usage ponctuel. J'avais 4 paires de rechange (Energizer Ultimate Lithium, légères et fiables par grand froid), ce qui couvrait largement 15 jours sans jamais chercher une prise pour le GPS. C'est une stratégie radicalement différente des montres GPS connectées qui nécessitent une recharge quotidienne.
Ce qui a failli foirer : l'étape entre Ortu di u Piobbu et Ciottulu di i Mori (étape 2). Je suis arrivé tard, les prises étaient occupées, et ma batterie était à 28 % suite à une erreur de la veille - j'avais laissé le Bluetooth actif toute la nuit. Résultat : j'ai passé la nuit avec une batterie à 28 %, chargé pendant 45 min à 6h du matin avant le départ. Ça a suffi mais c'était évitable.
Voir aussi le retour d'expérience de Pierre sur l'autonomie électrique au Marathon des Sables pour une approche radicalement différente - solaire pur, sans refuges, et sans compromis sur le poids.
Vizzavona, l'étape 9 : le refuge électrique du GR20
Vizzavona mérite une mention spéciale. Située au milieu du GR20, c'est la seule étape qui ressemble à une vraie halte de ravitaillement : une gare SNCF (oui, un train), un hôtel, une supérette et des prises accessibles sans attente, disponibles en permanence dans plusieurs espaces.
J'y ai passé une nuit longue - arrivée à 14h, départ à 8h le lendemain. Stratégie appliquée : recharge complète de la batterie externe (20 000 mAh rechargés en 4h30 avec un câble USB-C vers USB-C en charge rapide), recharge complète de la frontale Petzl Actik Core, achat d'une paire de piles AA de secours à la supérette.
À partir de Vizzavona, les 6 dernières étapes se font avec une batterie à 100 % et un GPS avec des piles neuves. Le reste du GR20 devient serein du point de vue énergétique.
Faut-il un chargeur solaire pour le GR20 ?
Réponse courte : non, si vous dormez dans les refuges chaque nuit. La question mérite quand même d'être posée sérieusement, parce que les forums sont remplis de randonneurs qui partent avec 400 g de panneau solaire pour un usage quasi nul.
Le GR20 est un itinéraire en forêt dense et en crêtes venteuses. L'exposition solaire pendant la marche est souvent mauvaise - sous couvert forestier dans le nord, sur des versants nord dans le massif central. Un panneau solaire fixé sur un sac à dos produit effectivement en terrain dégagé, mais ces passages représentent environ 30 % de la distance totale. Pour compenser un poids de 400-600 g, il faut que la production soit réelle et régulière.
Les cas où un chargeur solaire vaut son poids sur le GR20 : si vous prévoyez un bivouac autonome (autorisé uniquement à proximité immédiate des refuges), si vous voulez être totalement indépendant des prises, ou si vous êtes sur une variante sans refuge certaines nuits (rare, mais il existe des itinéraires élargis).
Le seul vrai risque sans solaire sur le GR20 standard : les zones entre Capu Tafunatu et Bocca a u Saltu, où certains randonneurs bivouaquent une nuit sans refuge d'accès immédiat. Une batterie 20 000 mAh correctement gérée depuis Vizzavona suffit à passer ce passage sans stress.
Pour approfondir la réflexion sur les différentes stratégies d'énergie en itinérance outdoor (bikepacking, randonnée, expédition), les arbitrages poids-capacité-production sont détaillés avec des cas concrets.
Ce que vous devez retenir
- Batterie 20 000 mAh + recharge quotidienne en refuge = stratégie suffisante pour 15 jours sur le GR20 sans panneau solaire.
- Mode avion en marche : économise 60-70 % de batterie smartphone sur chaque étape. C'est le levier le plus simple et le plus efficace.
- GPS sur piles AA (Garmin eTrex) : élimine complètement la contrainte de recharge GPS. 2 paires de piles suffisent pour 15 jours.
- Arriver tôt aux refuges : les prises sont rares (0,50-1 €, 2h max). Ciottulu, Manganu, Petra Piana sont les refuges les plus tendus.
- Vizzavona (étape 9) est le point de recharge stratégique du GR20 : hôtel, supérette, prises illimitées. Profitez-en pour repartir à 100 %.
- Chargeur solaire inutile dans 95 % des scénarios GR20 en refuges. Le poids ne se justifie que pour des bivouacs autonomes.